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Gouverner l’environnement marin pour mieux se l’approprier

La question de la sécurité est si actuelle pour les jeunes puissances maritimes et les institutions sous régionales en Afrique atlantique qu’elle tend à déterminer un large spectre de politiques dédiées aux espaces maritimes. Elle s’étend aujourd’hui aux questions de pollution ou de conservation pour des motifs de coûts ou d’efficacité à court, moyen et long terme.

La gouvernance africaine des océans est dès lors plus focalisée sur les questions de conservation des écosystèmes marins puisqu’il s’agit de s’en servir dans un avenir immédiat pour accélérer leur développement économique. Cette gageure s’inscrit dans le cadre des objectifs de développement durable de l’ONU en venant imposer des objectifs de durabilité aux différents types d’exploitation des mers, notamment autour des enjeux de croissance bleue au niveau africain, de l’échelle nationale jusqu’au-delà des juridictions nationales. Cette forme de gouvernance plus éco-éco c’est-à-dire écologique pour s’assurer qu’elle est plus économiquement exploitable durablement se diffuse par différents types de canaux, une certification marchande dans le cadre des importations européennes, américaines mais surtout asiatiques, par les normes sur la pêche illégale, non réglementée et non déclarée, par des normes environnementales multi-échelles, et par des sanctuarisations d’espaces maritimes au niveau des différentes juridictions nationales et golfo-guinéennes.

L’inégalité dans la maitrise de ces canaux et des politiques qu’ils sous-tendent font de la conservation des mers un objet politique complexe en Afrique préindustrielle. Comme un grand nombre d’acteurs aux intérêts différenciés en sont partie prenante, des tensions très fortes entre les tenants du paradigme conversationniste et les voix en faveur d’une exploitation renforcée des ressources marines, biologiques, énergétique, génétiques mérite aujourd’hui d’être tournés vers un développement inclusif et écologiquement responsable. Aussi la place donnée aux communautés africaines dans cet espace de décision et d’action en cours de recomposition qu’est par exemple l’atlantique est déterminante, en termes de détention des moyens de pouvoir nautique et de rétribution pour chaque population exploitante. Par ailleurs, le rôle des ONG environnementalistes, dans les liens qu’elles entretiennent avec les Etats et les marchés, donne lieu à discussion concernant le pouvoir qu’elles détiennent désormais dans les opérations de création de très grandes aires marines protégées et la privatisation des espaces maritimes qui permettrait selon certains analystes, sous couvert d’objectif de conservation, à terme au contraire d’en garantir l’exploitation. Ceci en supposant que les cordons bleus du droit de la mer en Afrique sauront éviter le pillage qu’à subit le continent à la mer. L’histoire qui se répèterait serait vraiment fatale.

D’abord ces mécanismes de gouvernance africains sont loin de se substituer au gouvernement des Etats golfo-guinéens, mais cherchent plutôt à développer des convergences avec les politiques publiques transnationales ; c’est la raison pour laquelle les Etats conservent certaines prérogatives au sein de cet agenda commun. La plupart des aménagements de conservation sur les zones marines relèvent de concessions domaniales régies par les Etats, le long d’un continuum entre gestion privée et gestion publique de ces espaces, dont les réels bénéficiaires sont très variés mais plus que jamais nécessaire à identifier avec plus de certitude. La mise en défense des espaces maritimes tend à redistribuer l’accès aux espaces et aux ressources maritimes et il s’agit de saisir ces processus au niveau des sites d’implantation pour analyser comment ils transforment les mécanismes de gouvernement et leur caractère équitable (depuis une gestion commune des espaces et ressources, à une gestion publique, jusqu’à une gestion privative). Les modes d’appropriation des espaces maritimes qui en découlent peuvent mener à une investigation des formes de propriété sur les ressources afin d’observer les rapports de pouvoir économiques que véhiculent ces politiques en sachant qu’à termes il faudra pouvoir éviter que des conflits fonciers se transposent en mer avec la virulente capacité conflictogène qu’on leur connait.

Dans ce cadre, on pourra s’intéresser au sens que peut revêtir la planification maritime à l’africaine, aux modes d’aménagement spatiaux dans pays pré-industrialisés et aux types de frontières qu’ils génèrent au niveau des territoires maritimes encore peu maîtrisés vu qu’elles sont sous la responsabilité de marines bien peu puissantes. De la mise en évidence des formes de zonages et concessions spatiales on pourra identifier les contraintes spatiales qu’elles véhiculent tout en essayant de saisir leurs rapports aux frontières juridiques et institutionnelles des usages et souverainetés maritimes que l’Afrique ressort spécifiquement. Le questionnement de la planification spatiale en mer est à même de restituer de manière concrète ces enjeux purement africains. L’analyse de l’enchevêtrement des territoires locaux, nationaux et internationaux et des normes qui les régissent permet de cerner des rapports de pouvoir multi scalaires dans un Afrique qui a à peine amorcer sa maritimisation politique. De telles investigations doivent permettre d’identifier quels sont les acteurs influents des régimes de conservation marine et comment celui-ci est négocié par des acteurs de diverses échelles et comment ces aménagements peuvent affecter souveraineté et rapports politiques internes aux sociétés considérées.

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