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Jair Bolsonaro est élu président du Brésil

L'ancien militaire Jair Bolsonaro a gagné son pari : il a été élu président du Brésil dimanche, au terme du second tour.

Âgé de 63 ans, le leader d’extrême droite a obtenu 55 % des voix face à son opposant de gauche Fernando Haddad du Parti des travailleurs (PT) a recueilli 45 % du suffrage.

« Nous allons changer ensemble le destin du Brésil », ces propos du président lors de son premier discours posté sur son Facebook montrent que « le président de tout le pays » s’évertuera s’assurer que les libertés individuelles et a invoqué la force de Dieu et le succès des prières des Brésiliens. L’air sévère, il a indiqué que son gouvernement « défendra la Constitution, la démocratie, la liberté ». « Ceci n’est ni la promesse d’un parti, ni la parole vaine d’un homme, mais c’est un serment devant Dieu », a-t-il poursuivi, répondant ainsi à ses détracteurs qui le voient comme une menace pour la démocratie.

Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche.

Jair Bolsonaro, président élu du Brésil

L’annonce de son élection a été saluée par des manifestations de joie de la part de ses sympathisants, notamment sur l’iconique plage de Copacabana, à Rio, où des feux d’artifice ont illuminé le ciel. À Sao Paulo, des automobilistes ont défilé dans les rues à grand coup de klaxon, et des gens ont envahi les rues. La police antiémeute a dû séparer des partisans des deux camps qui se sont bagarrés. Dans son discours de défaite, Fernando Haddad n’a pas félicité le vainqueur et a demandé à ce que ses « 45 millions d’électeurs soient respectés ». « Les droits civiques, politiques, du travail et sociaux sont en jeu maintenant », a-t-il dit. « Nous avons la responsabilité de représenter une opposition qui place les intérêts de la Nation au-dessus de tout ».

Jair Bolsonaro, qui se dit ouvertement nostalgique de la dictature militaire de 1964-85, a su rallier une partie de l’électorat qui a rejeté le PT, après la présidence de Lula, puis celle de Dilma Rousseff, marquées par des scandales de corruption. D’autres se sont laissé séduire par ses promesses radicales en matière de lutte contre l’insécurité, qui a augmenté au pays dans les dernières années. M. Bolsonaro s’est en effet engagé à assouplir la législation sur le port d’armes à feu afin que chacun puisse se défendre. Il veut également encourager les policiers à se montrer sans pitié avec les criminels.

L’envoyé spécial de Radio-Canada à Rio de Janeiro, Jean-Michel Leprince, observe que Jair Bolsonaro était considéré auparavant comme un député « folklorique », mais qu’il a bénéficié du discrédit des autres formations politiques pour s’imposer. Il a siégé pendant 28 ans au parlement de Brasilia. Le nouveau président polarise les opinions en raison de ses déclarations passées. Il a déjà soutenu qu’une députée du Parti des travailleurs ne méritait pas d’être violée par qu’elle était très laide ou, encore, qu’il serait incapable d’aimer un fils homosexuel et qu’il préférerait le voir mourir dans un accident. Défenseur de la famille traditionnelle, il a reçu le soutien crucial des puissantes églises évangéliques et a indigné, par ses déclarations outrancières, une bonne partie des Noirs, des femmes et des membres de la communauté LGBT. Lors du premier tour de la présidentielle, le 7 octobre dernier, M. Bolsonaro avait recueilli 46 % des suffrages exprimés, loin devant les 29 % obtenus par Fernando Haddad. Les sondages donnaient depuis un moment déjà un large avantage au candidat Bolsonaro, avec quelque 10 points de pourcentage d’écart. Au cours de la dernière semaine, ses appuis avaient toutefois fondu, puisqu’il avait presque 20 % d’avance sur le candidat Haddad durant l’entre-deux tours.

Une journée de vote dans le calme

Jair Bolsonaro a voté samedi dans un complexe militaire, à Rio. Il n’a pas fait de déclaration et s’est contenté de faire le « V » de la victoire, accompagné de son épouse. Comme au premier tour, le vote a été moins confortable pour Fernando Haddad à Sao Paulo, ville dont il a été maire de 2012 à 2016. Il a été accueilli par des militants brandissant des roses et entonnant des chansons traditionnelles de la gauche, mais aussi par un concert de casseroles d’opposants. Une ambiance tendue a provoqué quelques brefs accrochages entre militants, ce qui a forcé la police à s’interposer. « La démocratie est en danger. Les libertés individuelles sont en danger », a déclaré M. Haddad à la sortie du bureau de vote. Mais « le Brésil s’est réveillé ces derniers jours. J’attends les résultats avec beaucoup d’espoir », a-t-il lancé. À la sortie des urnes, des électeurs clamaient le nom de leur favori dans les rues.

J’ai voté pour Haddad, parce qu’il représente la continuité de la démocratie au Brésil. On ne peut [pas] donner un chèque en blanc à Bolsonaro qui n’a pas eu le courage de participer aux débats télévisés.

Un électeur

« J’ai voté pour Bolsonaro. C’est logique. Je veux un pays meilleur avec plus de sécurité, de paix et d’amour », a confié une autre électrice. Dans l’ensemble du pays, le vote s’est déroulé dans « le calme et la normalité », ont indiqué les membres de la mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA). L’ex-présidente du Costa Rica Laura Chinchilla, qui dirige la mission, a indiqué en après-midi n’avoir observé « aucun rapport de violence ou d’autres difficultés. » Le président sortant Michel Temer a indiqué que son gouvernement était prêt à entamer la transition « demain ou après-demain » avec l’équipe gagnante. La transition sera « calme et tranquille », a-t-il dit; le nouveau président recevra toutes les informations « sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire » au pays. Fernando Haddad avait encaissé samedi un dur coup lorsque le candidat de centre gauche, Ciro Gomes, a refusé de l’appuyer. Il avait terminé au troisième rang du premier tour de la présidentielle avec 12,5 % des voix. Haddad bénéficiait cependant du soutien de deux figures importantes de la lutte à la corruption. L’ancien procureur général Rodrigo Janot et l’ex-juge de la Cour suprême Joaquim Barbosa avaient tous les deux indiqué qu’ils voteraient pour le candidat du Parti des travailleurs, M. Barbosa avouant même que Jair Bolsonaro lui faisait peur.

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