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La mer, la côte et la location des satellites

Loin d’être omniprésents au-dessus de nos têtes, les satellites d’observation que les pays africains louent pour surveiller les zones maritimes ne s’attardent pas toujours assez longtemps pour collecter des données cruciales sur les activités maritimes (humaines), les phénomènes marins (naturels), les cours d’eaux estuariens, les terres agricoles, les zones à haut risque d’inondations marines, les marées, les flux de bancs de poissons, la déforestation et/ou le reboisement. La question est donc de savoir s’ils servent de moins grands projets.

Support technique vitale de l’administration moderne du territoire, l’imagerie satellitaire a pris de plus en plus d’importance dans la maritimisation des économies africaines. Permettant aux acteurs maritimes investis au fond du golfe de guinée de cartographier des réalités et opportunités, ces images satellitaires offrent des possibilités de développement que les Nations du tiers monde sont encore loin d’avoir réellement exploités jusqu’ici. Les captures d’images fournissent des informations sur la position et la surface des navires, des gisements, des bancs de poissons, des aléas climatiques, des mouvements de la mer, le relief sous-marins et les faunes des milieux amphibies. En fait, ses prises de vues satellitaires constituent un outil capital dans la conception et la mise en œuvre d’une planification marine comme terrestre.

Sauf qu’à l’Etat où se trouve le niveau d’accommodation des pays africains à l’usage du satellite, l’accès à cette technologie n’est possible que sur location d’une fréquence de balayage ou sur achat de vues satellitaires. Ce qui permet de voir cette technologie parfois détournée de ses modes d’utilisations classiques. Autrement dit, que les balayages satellitaires obtenus sous contrats servent à d’avantage de but qui s’égrènent sous une liste de mots qui font le buzz à chaque fois qu’ils sont mentionnés : espionnage, surveillance, désinformation, cyberattaque, traçabilité des navires, débarquement, renseignement stratégique.

Au Cameroun, les documents photographiques obtenus par ce biais sont utilisés par les services de renseignement pour définir les principales orientations de leurs relations extérieures. Uniquement utilisées naguère par les forces armées et la direction générale des services extérieures pour des buts exclusivement militaires, ces prises de vue se démocratisent ou se civilianisent dans des usages de plus en plus diversifiés. Ils participent au repérage de nouvelles sources de richesses, au perfectionnement des calendriers agropastoraux (agricoles, halieutiques ou aquacoles, etc.), au peaufinement des prévisions météorologiques, à la gestion en temps réel des catastrophes de.

Force est donc de constater que les Etats du Golfe de Guinée ont compris l’importance de la mer dans l’essor de leur économie justement parce qu’ils se sont familiarisés aux informations que les images satellitaires leurs ont révélés. La programmation des choix de maritimisation de leurs économies et dispositifs de défense est donc étroitement soumise à un accès soutenu à l’imagerie satellitaire. Toutes perspectives d’investissements maritimes à engager à plus ou moins bon coût dans une perspective durable requiert une méthode qui évite d’exploiter totalement des ressources en voie de disparition, de meilleurs usages des excédents et rebus des avantages tirés de la mer notamment dans leurs échanges régionaux et une capitalisation de modèles de recyclage praticables pour des économies préindustrielles.

De nombreux faits étayent cette hypothèse selon laquelle les captures d’images permettent de produire une intelligence météorologique, stratégique et économique si vitale pour la navigation aérienne et maritime. Pas étonnant donc que des puissances technologiques fournissent leur imagerie satellitaire sous des conditions contraignantes. Au fond l’imagerie satellitaire est un instrument de puissance.

Les pays du golfe de guinée prennent progressivement conscience du fait que cette outil d’aide à la décision rend les opérations plus chirurgicales et que par conséquent que c’est en offrant des perspectives d’échanges très recherchées par les puissances satellitaires que ce transfert technologique se fera de plus en plus aisément. Ce sont pour la plupart des contrats d’imageries qui accompagnent la prospection et l’exploitation des ressources minières de la mer, le traçage, le guidage et l’assistance des navires ou la sécurisation des iles artificielles.

C’est dans cette perspective que les Etats africains encouragent le mappage et l’exploitation des concessions de pêche et pétrolières comme des armes économiques favorisant le sillonâges dissuasifs des marines nationales et étrangères. De fait, cela participe grandement à contrer le développement et la prolifération des nébuleuses pirates dans leurs eaux. Cette stratégie permet que la politique de présence soit à la fois comblée au niveau de son taux de couverture sécuritaire et rentabilisé par une sollicitation efficiente des ressources déjà si petites dont ont besoin les marines africaines pour sauvegarder les mers péri-africaines.

Le fer, le cuivre, le cobalt, l’acier et le pétrole (plastique) sont des ressources dont regorge le sous-sol continental et marin de l’Afrique. Elément fondamental de la fabrication des technologies modernes (armements, appareils électroniques) dans un tournant de l’histoire de l’Afrique où la situation de d’approvisionnement des grandes puissances est critique, l’opportunité de se constituer en alternative pour réduire la pénurie et l’allongement des délais de livraison des matières premières spéciales de base pour l’industrie électromécanique est bel et bien réelle.

Tous ces faits montrent que les autorités politiques africaines, appartenant ou non aux services de veille stratégique (renseignement militaire, économique, géographique), sont de plus en plus conscients de l’importance de l’imagerie satellitaire pour en faire un objectif du déploiement de la politique étrangère. En théorie, la majeure partie des images satellitaires sont rendues publiques. Mais en fait, le fait de s’engager par un contrat, une convention, à satisfaire un besoin de couverture, surveillance ou renseignement satellitaire est souvent conditionner par le respect de clauses de confidentialité alors soutenu localement par des seaux de secret défense bien assez élevé. Ce qui signifie que chaque recoin du continent (mer et terre) est scanné au moins 4 fois tous les neufs jours selon la typologie des satellites. Selon leurs fonctions définies, ils transmettent par signaux radiotélégraphiques changés en images représentant pratiquement trois cents (300) kilomètres carrés.

Les meilleures photographies aériennes dont font partie les images satellitaires sont prises en principe par l’armée de l’air pour le compte des services de renseignements. Ces images sont d’une précision de l’échelle de trente centimètres. Les informations fournies par les satellites représentent pour les spécialistes africains chargés de les traiter, un instrument remarquable pour l’étude des ressources terrestres. Avec quelques millions de FCFA de photos, ils peuvent accomplir un travail qui, jusqu’à maintenant, exigeait la complaisance financière du Palais de l’Unité sans pour autant aboutir à des résultats opérationnels viables. Avec l’imagerie satellitaire, centre opérationnel de la marine pourrait assembler les photographies couvrant l’ensemble du territoire navigable du Cameroun, dresser la carte des lignes de circulations des réseaux de contrebandes, faire le relevé des portions de mer dont l’environnement marin est riche mais dont ‘exploitation requiert des précautions écologiques des plus cruciales, préciser les types de sous-sols et délimiter les mangroves inondables, à rendement agropastorale ou piscicoles élevés.  Pour une étude plus complète des zones maritimes, un stratège pourrait aller précisément où il faut pour faire des prélèvements d’échantillons de biodiversités, d’affleurements de minerais, etc.

Les images satellitaires sont aussi un instrument de valeur dans la planification des campagnes ou saison de pêche. Les lots de prises de vues qui peuvent alors être comparées pour suivre la croissance des populations fauniques marines. Le satellite météorologique permet au spécialiste de connaitre la température au sol de toutes les zones géographiques du continent africain à tous les moments de l’année. On peut donc déterminer les déplacements de banc de poissons et prévoir les migrations saisonnières des pêcheurs et ainsi anticiper les conflits entre émigrés saisonniers et locaux. L’ensemble de ses renseignements permet aux flottes halieutiques d’établir des modèles relatifs à la capture et la commercialisation des produits de mer sur les centres de gravités marchands du littoral africain comme par exemple à Youpwè (un célèbre marché poissonnier proche de la Base navale de Douala) au Cameroun.

Yaoundé semble envisager que ces renseignements soient à la disposition de tous. Mais sur le terrain, les renseignements satellitaires vont d’abord sociétés multinationales qui ne sont pas toujours représentés au Cameroun – dont la plupart sont basées dans les grandes maritimes du monde -, qui détiennent les moyens financiers et techniques pour acheter et interpréter les données. On assiste donc à une pratique de sous-traitance fort conditionnée. Les Etats africains ont donc l’habitude de charger les sociétés multinationales d’interpréter pour leur compte les données en question.

Ces nouvelles sociétés dont certaines sont souvent des filiales des services de renseignement et des ministères de la défense des grandes puissances ou grandes nébuleuses, tirent des ficelles d’un jeu dont l’échiquier est la géostratégie du golfe de guinée. Elles vendent leurs services à des acteurs qui s’y investissent à travers de projets licites ou illicites. Leur pouvoir politique potentiel est énorme. Elles peuvent fournir la carte des enjeux méritant une action stratégique furtive ou ouverte dans un site géographique. Les clients qui sont ici des Etats étrangers, l’Etat possesseur de cette région, ou des Sociétés privées. De ce fait, une prévision de la production halieutique au Cameroun, et destinée à ce pays, sera digne d’intérêt surtout si les entreprises d’exportation de produits de mers ou pour le Ministère des pêches camerounais.

Les sociétés qui travaillent en relation avec les services de renseignements américains, chinois, russes, français, britanniques, peuvent exécuter des travaux de planification et de cartographie et de cartographie des ressources pour le compte de pays étrangers et à partir de leur travail, orienter littéralement le développement économique futur de ces pays. On peut penser que de telles pratiques sont clairement des violations des normes internationales. Et que par conséquent, c’est aller trop que de faire cette forme d’espionnage économique ; Mais il faut réitérer le fait que les firmes pétrolières se sont organisées en cartels et ont dominées les marchés en contrôlant les réserves de pétrole et de gaz naturel.

En définitive, la cartographie intelligente et dynamique des enjeux maritimes par satellite permet aux services de renseignement et aux supers sociétés privées de d’agir habilement en toute complicité pour détourner à leurs avantages les mécanismes à partir desquels les pays étrangers planifient leurs développements quel que soit le domaine.

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